Microcosme et
macrocosme : Paracelse et la signature astrale.
Le cosmos chez les grecs
La notion du cosmos, chère aux grecs, fut celle par laquelle ils pensaient la place de l'homme dans l'univers et son rapport avec lui. Or ce qui était interrogé à travers le cosmos prend un tour particulier avec les notions de macrocosme et de microcosme telles qu'on les trouve dans le pythagorisme ou dans le Timée de Platon. Car alors la notion même de cosmos se trouve pour ainsi dire dédoublée : l'homme, à son échelle terrestre, avec sa vie et son histoire particulière, son corps et sa temporalité propre, voila qui relève du microcosme; le macrocosme par opposition est constitué de tout ce qui transcende ce petit monde à échelle d'homme, et se rapporte à ce qu'on appellerait aujourd'hui l'univers.
La notion du cosmos, chère aux grecs, fut celle par laquelle ils pensaient la place de l'homme dans l'univers et son rapport avec lui. Or ce qui était interrogé à travers le cosmos prend un tour particulier avec les notions de macrocosme et de microcosme telles qu'on les trouve dans le pythagorisme ou dans le Timée de Platon. Car alors la notion même de cosmos se trouve pour ainsi dire dédoublée : l'homme, à son échelle terrestre, avec sa vie et son histoire particulière, son corps et sa temporalité propre, voila qui relève du microcosme; le macrocosme par opposition est constitué de tout ce qui transcende ce petit monde à échelle d'homme, et se rapporte à ce qu'on appellerait aujourd'hui l'univers.
Il y a en quelque
sorte deux cosmos, l'un renvoyant à l'autre comme dans un jeu de
réflections réciproques et d'échos.
Les découvertes
plus récentes des sciences modernes confirment l'intérêt de telles
mises en perspective, entre l'infiniment petit et l'infiniment grand
par exemple, ne serait-ce que sur le plan de l'imagination, de la
structure des modèles. Qui n'a pas un jour pensé, en voyant la
représentation d'un atome dont les électrons tournent autour d'un
centre, à la similitude troublante avec celle d'un système solaire
?
Il y a bel et bien
des analogies possibles et des correspondances entre le microcosme et
le macrocosme, mais quel en est le point nodal ? Ne serait-ce pas
l'homme lui-même ?
Pythagore par
exemple, comparait les quatre saisons du monde avec les quatre
périodes de la vie d'un homme (l'enfance correspond au printemps,
l'âge de jeune homme à l'été, l'âge mûr à l'automne et la
vieillesse à l'hiver).
La tripartition
La tripartition
gnostique, qu'on trouve aussi dans la tradition de la philosophie
hermétique, divise l'homme en trois parties : matière (hylé), âme
(psyche) et esprit (pneuma). Cette tripartition partage l'humanité
en trois catégories suivant l'aspect dominant en chaque homme :
hommes hyliques (croyants et matérialistes), hommes psychiques (chez
lesquels dominent le savoir intellectuel, soumis au démiurge - c'est
sous cette catégorie que les gnostiques considéraient les
catholiques), et enfin les hommes pneumatiques, c'est-à-dire les
gnostiques eux-mêmes (disposant d'un savoir véritable révélé et
se situant sur le plan de l'esprit).
Mais cette
tripartition renvoie surtout à celle de l'univers et ses trois plans
de réalité : terrestre/matériel, intellectuel/mental, et
céleste/spirituel.
La tripartition du
microcosme renvoie donc à celle du macrocosme, et cette
correspondance des tripartitions microcosmique et macrocosmique se
retrouve non seulement chez les gnostiques et dans le Corpus
Hermeticum, mais aussi en Inde ancienne (théorie des trois gunas).
Dans le néo-platonisme de M. Ficin (Livre de la triple vie), on
trouve encore une autre tripartition macrocosmique (trois guides
célestes : Mercure, Phébus et Venus) qui renvoie à une
tripartition microcosmique (volonté, entendement, mémoire) comme le
met bien en lumière F. Bonardel dans son ouvrage La voie hermétique.
Ces analogies,
correspondances de structures entre le petit cosmos et le grand
cosmos ne sont donc pas rares, et le lieu de leur avènement est
souvent le corps de l'homme lui-même, ce qui explique peut-être
pourquoi un médecin comme Paracelse devait tout particulièrement
s'y intéresser.
Astrologie et correspondances
L'idée d'une
correspondance entre les astres (macrocosme) et les parties du corps
(microcosme) est déterminante en astrologie, discipline dans
laquelle versait Paracelse. Sur ce sujet on peut se référer au
chapitre "biologie astrale" de l'ouvrage Premiers éléments
d'astrosophie par Papus (ouvrage relativement simple et didactique
mais auquel il nous semble nécessaire d'appliquer une certaine
réserve du fait des nombreuses approximations qu'il contient). Reste
que l'astrologie, à travers l'horoscope, cherche bien à déterminer
l'influence des astres sur l'homme, et fait correspondre notamment
les signes du zodiaque aux différentes parties du corps. Ainsi comme
l'explique Papus, "le Bélier correspond à la tête de l'Homme,
le Taureau à ses épaules et ainsi de suite", comme l'illustre
à merveille la peinture des frères Limbourg, datant du quatorzième
siècle, que nous avons placée en tête du présent article.
Il y a bien là, au
coeur de l'astrologie, une correspondance entre microcosme et
macrocosme, et c'est elle qui fonde la démarche même de
l'établissement d'un horoscope, ainsi que la médecine de Paracelse
comme nous le verrons plus loin. Et Papus de poursuivre : "le
signe qui domine la naissance indique la partie du corps physique la
plus sujette aux troubles". Pour les correspondances, on peut se
référer à la figure suivante.
Nous avons bien
conscience ici que ces éléments sont discutables, du point de vue
de l'astrologie orthodoxe et plus encore de celui de la médecine
moderne, dont nous ne contestons pas certains progrès. Celle-ci bien
évidemment rejette la réalité de telles correspondances. Mais
c'est ici la force symbolique des correspondances entre les astres et
les parties du corps qui nous intéresse, pas la capacité objective
de l'astrologie à faire disparaître une tumeur cancéreuse ou à
guérir une sclérose en plaques. Car si l'approche astrologique
échoue à faire preuve de résultats à caractère scientifique sur
le plan de la médecine - et nous n'en disconvenons point - à tout
le moins permet-t-elle de décrire à sa manière une forme de
correspondance, et donc d'intégration de l'homme à l'univers dont
il est à la fois la partie et le reflet. La médecine moderne
peut-elle prétendre à établir ce lien ? Probablement pas. Or
celui-ci relève d'une nécessité pour celui qui, justement, veut
retrouver le chemin qui le relie au Tout.
L’approche de
l’astrologie se tient en effet loin des sciences modernes qui
laissent échapper le sens de ce qu’elles observent, comme le
formule Papus par cette image : « Figurez-vous un savant
qui vient de découvrir un manuscrit écrit dans une langue inconnue
et qui pèse ce manuscrit, qui le mesure, analyse sa composition
chimique et enfin compte avec soin le nombre de lignes et de
caractères le composant, et vous aurez une idée de la manière dont
la Science naturelle s’occupe de la Nature. »
L’astrologie, elle,
fait apparaître des chaînes de correspondances entre les astres, les
signes du zodiaque, les éléments, les métaux, les parties du corps,
et aussi des caractères que l’on peut considérer comme
psychologiques. Par exemple à Saturne correspond le plomb, la
réflexion et le raisonnement, les os, le foi et la rate, les signes
du Verseau et du Capricorne…
C’est par ces
chaînes que les différents plans de la réalité se trouvent reliés.
Il ne s’agit donc aucunement d’une participation au sens ou
l’entend Platon reliant les choses aux idées, mais de chaînes
faisant correspondre tous les niveaux du réel les uns avec les
autres, par famille astrale. Pour reprendre le cas de Sature, sa
signature se retrouve sur les éléments de sa famille, par exemple
sur les os du corps, le plomb...
Mais pour comprendre
l’influence d’un astre sur les éléments du microcosme qui lui
correspondent, il faut d’abord comprendre que l’astre incline,
apporte sa teinture ou son caractère, mais ne détermine pas de
manière stricte et nécessaire, il incline mais n’oblige pas,
comme le dit l’adage : astra inclinant sed non obligant.
Lorsqu’on établit
l’horoscope d’un individu, on considère au fond que sa naissance
correspond à un instant unique du macrocosme, une configuration bien
particulière des planètes, des signes du zodiaque et des maisons
astrales. C’est cette disposition qui va par la suite marquer
l’individu né à cet instant, imprimer quelque chose de
particulier sur lui et sur le déroulement de sa vie.
Paracelse et la notion de signature
Toutes ces
perspectives astrologiques sont au coeur de la philosophie de
Paracelse, en particulier de sa médecine.
Nous citerons ici un
passage de La voie hermétique de F. Bonardel, commentant les œuvres
médicales de Paracelse :
« Si le
médecin peut se dire ‘disciple de l’astre’, c’est parce
qu’il est capable de relier les deux pôles d’un même firmament :
l’astre intérieur (Arché) et extérieur (Astrum, Gestirn) et de
découvrir par là même que "la voie lactée est en nous" tout
comme nous sommes en elle. Car le docteur des deux médecines
(naturelle et divine) peut tout aussi bien lire l’être de la
maladie dans la plante – qui porte sa signature – que prendre le
pouls du malade dans le ciel où est analogiquement inscrite la trace
de cette pathologie. »
Inversement c’est
par la sympathie, elle-même rendue possible par l’existence de
similitudes, que nous pouvons connaître ce qui est en dehors de nous
à partir de ce qui est semblable en nous.
Comme le note
Alexandre Koyré dans son excellent livre sur Paracelse, la catégorie
de pensée ‘impossible’ est absente chez ce dernier. Dans la
nature, tout est possible. Ainsi à l’influence des astres sur
l’homme il faut ajouter la notre sur les astres :
« L’âme
humaine peut commander aux astres, peut diriger les évènements, peut
même produire ou faire produire des êtres nouveaux. »
Plus loin, A. Koyré
explique en quoi les correspondances sont la base même du
diagnostique paracelsien : le médecin, par les symptômes qui
sont autant de signatures indiquant le lien de la maladie avec
d’autres plans de la réalité, doit reconnaître l’essence de
ladite maladie, puis renforcer le courant de vie propre à
l’organisme en conséquence ou encore "empoisonner la maladie"
selon les cas. Cette signature en l’homme, au coeur même de la
maladie à travers ses symptômes, le relie à d’autres échelles.
Elle est comme la trace imprimée par le macrocosme sur le microcosme
et c’est pour cette raison qu’elle est essentielle dans la
médecine de Paracelse.
La Nature porte
partout ces signatures qui sont comme autant d’indices de la
présence ici-bas de ce qui est en haut. Elles sont les points
d’encrage des chaînes reliant le ciel et la terre, des indices de
l’unité du cosmos, des "regards familiers" pour emprunter
l’expression à Baudelaire, qui nous rappellent notre appartenance à
une famille astrale, notre connexion essentielle à l’univers.
Le poème
Correspondance dans Les fleurs du mal illustre cela avec tant de
profondeur poétique que nous ne résistons pas à l’envie de
conclure avec lui (le lecteur nous pardonnera de ne pas citer en
entier) :
La Nature est un
temple où de vivants piliers
Laissent parfois
sortir de confuses paroles ;
L'homme y passe à
travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec
des regards familiers.
Comme de longs échos
qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse
et profonde unité,
Vaste comme la nuit
et comme la clarté,
Les parfums, les
couleurs et les sons se répondent.


Salut!
RépondreSupprimerJe me permets quelques reactions. Je me demande pourquoi l'homme devrait etre forcement le point nodal. Il semble bien anthropocentriste de considerer l'homme comme pierre angulaire entre le monde atomique et universaliste. Permets moi d'apporter une pierre -peut etre a cette reflexion, par l'evocation d'etres en recherche de connexion.
Prenons la molecule de diméthyltryptamine DMT comme illustration. Souvent proclamee comme le passerelle entre l'existant et la perception ou sensation du cosmos. Cette molecule presente en chacun d'entre nous, etres habites du vivant, plantes et animaux compris, n'est activee que dans de tres rares occasions; stress ou etat medidatif... Ne constituerait-elle pas un exemple concret du lien entre macrocosme et microcosme ?
Ceux qui l'ont experimentee chez l'homme, parle souvent d'une comprehension accrue de sa place dans l'univers. Cette comprehension semble ancree en chacun d'entre nous, comme une fonctionnalite non activee encore. Je veux dire que le code de la nature, de la vie pourrait certainement avoir conserve une empreinte du cosmos en elle. Cela renverrait certainement a une notion elargie du concept de la Vie, plus astrale, plus globale et poserait certainement d'autres questions...
En tout cas la signature astrale me semble tout a fait representee par cet exemple.
J
Merci pour ton commentaire.
RépondreSupprimerQue le lien entre macrocosme et microcosme puisse passer par une molecule, et que le "code de la nature" comme tu le dis, conserve une empreinte du cosmos, voila des idees auquelles je suis plus qu'ouvert.
Quand au risque d'anthropocentrisme, il existe evidemment mais en l'occurence je presentais l'Homme comme point nodal de la connection telle qu'elle est decrite par certaines traditions (hermetisme, gnosticisme, astrologie dans certains cas). Ce n'est peut etre pas une verite objective mais c'est, historiquement, une tendance. Par ailleurs je pense que faire de l'Homme le centre dont on part pour explorer le cosmos a tout son sens d'un point de vue phenomenologique. Si l'Homme n'est pas le centre objectif du cosmos (mais qu'est-ce que l'objectivite et n'est-elle pas en dehors de notre portee?), il est neanmoins notre point de depart a nous qui sommes des Hommes justement, donc le centre de "notre" cosmos.
Il ne faut pas oublier que parmi les plans de l Univers l Homme en est Un à coté du règne minéral végétal et animal dont il est en aucun cas le dépositaire L Homme ne peut donc être le point nodal que du règne Humain et non au regard de l Univers
RépondreSupprimerMerci pour votre commentaire. Vous avez sûrement raison concernant la place de l'homme dans l'univers. Ce que j'entandais dire en fait, c'est plutôt que l'homme constitue le point nodal de la connection microcosme-macrocosme de notre point de vue, nous qui sommes justement des hommes. En clair pour un homme, c'est d'abord en lui-même qu'il faut chercher ce lien. C'est donc une question de point de vue qui est, j'en conviens, discutable dans l'absolu.
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