mardi 27 mars 2018

L'exil de Babylone et l'échelle de Jacob : symboles alchimiques dans l'ancien testament.
 
Nombreux sont les symboles religieux qui se prêtent volontiers à des interprétations dépassant le strict dogme classique, dès lors qu'on laisse y travailler son imagination.
Rien d'étonnant si l'on admet qu'ils contiennent une structure archétypale qui ne leur est point propre, mais se retrouve au contraire dans d'autres traditions ou courants de pensée.
C'est sans doute le cas du livre de Daniel de l'ancien testament.
 


 


 

L'exil de Babylone dans l'ancien testament.
 
Ce qui a d'abord attiré notre attention, c'est une illustration d'un passage du livre de Daniel réalisée par les frères Limbourg dans Les très riches heures du duc de Berry (Livre de prière du XVème siècle, cf. illustration ci-dessus).

On y voit brûler dans un four les trois compagnons de Daniel, exilés avec lui à Babylone, et punis pour avoir refusé d'abandonner leur foi monothéiste pour une idole imposée par l'empereur Nabuchodonosor.  Leur insoumission au souverain de cet empire polythéiste qu'était alors Babylone les condamna à être brûlés, mais loin de les réduire en cendres ce châtiment renforça leur foi monothéiste et on vit même apparaître un quatrième personnage aux allures de fils de Dieu dans les flammes.
Pour Daniel et ses compagnons, judéens monothéistes, l'exil de Babylone s'avéra être l'épreuve de la multiplicité (sous la forme du polythéisme) nécessaire à la redécouverte et à l'affermissement de l'Un. Mais cette réalisation de l'Un n'est rendue possible que par le feu, et par une multiplication - l'apparition d'un quatrième personnage d'une nature nouvelle, représentant l'unicité recrée à un stade supérieur.
L'Un ne se donne donc pas d'emblée mais doit faire l'épreuve du multiple. Cette idée se trouve d'ailleurs au coeur de la philosophie hermétique, qui, loin d'opposer les conceptions dualiste et moniste pour en écarter une au profit de l'autre, laisse plutôt deviner un cheminement, et même des aller-retours entre les deux positions (on peut se référer à ce sujet à l'excellent ouvrage de Françoise Bonardel, La voie hermétique).
 
L'exil de Babylone dans l'Aurora Consurgens.
 
L'exil de Babylone est d'ailleurs largement présent dans l'Aurora Consurgens du pseudo saint Thomas d'Aquin, où une signification alchimique lui est donnée.
Certes il s'agit alors d'une approche plus spirituelle qu'opérative de l'alchimie, présentant l'épisode de l'exil et de la captivité comme une allégorie de la chute de l'âme dans la matière.
Marie-Louise Von Franz en donne un commentaire éclairant sur le plan de la psychologie des profondeurs, dont les préoccupations rejoignent celles de la tradition alchimique - certes par un autre chemin. Car c'est parce que l'âme (au sens jungien du complexe archétypal de l'Anima) se retrouve projetée dans la matière et prisonnière de celle-ci, que l'unité peut être retrouvée. Mais cela implique précisément qu'elle reste captive, comme les compagnons de Daniel à Babylone : l'opération nécessite, pour le dire en termes alchimiques, de bien clore le vase.
Puis par une réduction du multiple à l'essentiel l'âme fluide est extraite progressivement du corps minéral.
"Dix arpents de vigne feront une petite bouteille et trente mesures de semences en feront trois", comme il est dit dans l'Aurora Consurgens.
Du point de vue de la psychologie jungienne la captivité signifie donc une dispersion, une dissolution dans les complexes autonomes de la psyché, avant de rassembler les parcelles de l'âme :
dissocier d'abord pour mieux rassembler ensuite.
La Turba Philosophorum (traité d'alchimie arabe du Xème siècle) décrit la fixation intentionnelle d'un esprit volatile, c'est-à-dire d'une âme dans le corps, en vue de la transformation. L'âme meurt dans un premier temps, mais parce qu'elle ne s'enfuit pas - le vase est clos - elle est libérée.
 
 
 
L'échelle de Jacob.
 
On trouve aussi dans l'ancien testament un autre élément symbolique qui peut être relié à l'exil de Babylone : le songe de Jacob (Genèse XXVIII, 10-2).
L'échelle reliant la terre au ciel, sur laquelle Jacob voit en songe monter et descendre des anges, est interprétée par la tradition chrétienne comme représentant le Christ si l'on s'en réfère à l'évangile de saint Jean (1-51) : celui qui fait le lien entre la matière et le spirituel, l'Un et le multiple.
Mais c'est surtout l'interprétation juive (celle du Midrash à tout le moins) qui relie directement le symbole de l'échelle vue en songe à celui de l'exil de Babylone, puisque chacun des anges y représente l'un des exils du peuple juif (exil à Babylone, exil en Perse puis exil en Grèce...).
 
La première planche du traité alchimique Mutus Liber en donne une représentation (ci-dessus). Canseliet dans son commentaire y voit une manifestation du "commerce constant avec l'universel, la cohobation répétée de l'esprit sur la matière" figurée par "les montées et les descentes de ses deux anges, entre le ciel et la terre, sur l'échelle des philosophes".
Opération que Canseliet décrit par la belle formule : "sublimations répétées sous le ciel des sages"...

jeudi 22 mars 2018


Enantiodromie - la course aérienne de Mercure.
 
Mercure peut t'emmener bien loin et te faire survoler les plus beaux pays, car avec lui tu voles et goûtes à la liberté du volatile.

Mais veille à toujours consciencieusement attacher une chaîne à sa cheville qui le relie au sol, d'une longueur raisonnable - il faut fixer le volatile. Sans cette précaution Mercure s'envole toujours plus : il tombe vers le haut.

Et ce n'est pas là seulement le vertige que tu risques, mais la chute ascendante sans fin. Car s'il y a des abîmes qui plongent vers le bas, il y en a certes d'autres qui plongent vers le haut.
Comme nous l'a appris Trismégiste, ''ce qui est en haut est comme ce qui est en bas''.

Pas d'énantiodromie possible sans fixer Mercure à la mesure convenable. Mais en l'attachant en revanche, le rythme Héraclitéen devient possible entre les opposés.

Ainsi Mercure doit s'accorder au chant de Nature qui réglera sa course entre les opposés - telle la corde d'un arc dont la juste tension donne la juste note : ''elle s'élève de la terre vers le ciel puis redescend en terre et reçoit l'énergie des réalités supérieures et inférieures''.

Lier, délier, relier, délier à nouveau et recommencer encore.

Le tombeau d’Osiris: un Verger chimique   Mort et renaissance   La mort et les thèmes qui lui sont liés sont sans conteste au ...